Charles Albert Libre comme l’air

Charles Albert Libre comme l’air

Il grimpe pieds nus, il est très fort, il a des cheveux à faire mannequin shampoing, il vit dans la forêt pour essayer des blocs extrêmes improbables à un seul mouvement… Charles Albert a tout d’une légende. Rencontre avec un grimpeur épris de liberté, en escalade comme dans la vie, a découvrir dans le film Barefoot Charles *.

Depuis combien de temps tu habites dans cette grotte ?

Ça fait quatre ans, mais j’y suis surtout quand il fait froid, parce que les conditions de grimpe sont les meilleures. J’aime bien être à côté de mes projets. Et puis c’est dans mon caractère, j’aime avoir de l’espace. En ce moment, j’essaye de l’aménager pour qu’elle soit plus confortable, pour pouvoir y rester même quand je ne grimpe pas. Sinon en été, je suis chez mon père. Et là, je reviens tout juste de chez un pote, vers Genève, parce qu’il habite pas loin d’un passage d’escalade que j’ai envie d’essayer.

Pourquoi tu as décidé de grimper pieds nus ?

Bah les chaussons ça pue et c’est moche et ça fait mal aux pieds. Ça fait trois raisons non négligeables !

Et ça change quoi dans l’escalade ?

En fait ça change la manière de grimper pour se faire moins mal. Au début, on ne sait pas trop ce qui fait mal aux pieds, mais souvent ça coupe, ça blesse, alors on apprend à placer son pied pour faire en sorte d’éviter la douleur. Et petit à petit, comme avec les doigts, on peut gagner en force et en dextérité.

Et pourquoi le bloc plutôt que la falaise ?

Parce que j’habite à Fontainebleau, c’est une bonne raison. Et le matériel, je trouve ça pénible. Avant, la corde servait seulement pour la sécurité, en cas de chute, ou pour être sûr de redescendre. Mais ça ne servait pas à gravir la paroi. Maintenant, sans corde dynamique ni spits bien vissés, jamais la voie n’existe ! Le matériel devient nécessaire à l’existence d’une voie. C’est là qu’on sort de l’escalade libre. Et moi, j’aime l’escalade libre.

Tu pratiques aussi le solo, alors ?

Occasionnellement. Je me cantonne à des trucs faciles, en dessous du 7. Ce qui est cool en solo, c’est qu’il n’y a pas de tracé défini, tu vas où tu veux, comme une balade sur la paroi.

Dans le film Barefoot Charles*, on découvre que tu es capable d’essayer pendant des années le même mouvement. Quel est le projet que tu as essayé le plus longtemps ?

C’est le bloc qu’on voit dans le film avec une inversée et deux mouvements. Ça fait à peu près cinq ans que je l’essaye.

Et un que tu as essayé pendant des années mais que tu as fini par réussir ?

Il y aurait La Révolutionnaire, 8C+, au Gros Sablon. J’ai commencé à l’essayer quand j’étais au lycée. À chaque fois je demandais à mon père de m’y amener ! Et puis je l’ai réussi l’année après le bac, en 2017.

Si tu n’y arrives pas, à quel moment tu vas te décider à renoncer ?

Si j’arrête d’essayer, c’est que je n’y vois plus d’intérêt et que ça ne m’amuse plus. Parce que ça ne m’apporte plus rien et que je ne progresse plus. Quand je vais essayer un de mes projets, c’est que dans ma séance je veux expérimenter quelque chose de spécifique. J’y retourne tant que je n’ai pas pu essayer correctement. Si ça ne marche pas, tant que je n’ai pas de nouvelle idée, je n’y retourne pas.

Dans le film aussi, on découvre que tu pratiques le chant. C’est ton côté musicien ?

Au départ j’ai été attiré par le chant pour l’escalade, car c’est une approche différente du corps que celle qui prévaut dans pas mal de sports, dont la grimpe, où la progression s’envisage surtout musculairement : tu essayes un mouvement, tu le répètes, tes muscles surcompensent, et tu progresses. Et tu vas essayer des choses de plus en plus dures pour devenir plus puissant. C’est assez primaire, comme approche. Dans le chant, si tu n’arrives pas à produire un son, tu auras beau essayer, tu ne progresseras pas. Cela ressemblait un peu aux passages que j’essayais. En chant, pour avoir une jolie voix, c’est une question de positionnement et de ressenti. C’est quelque chose dont mon corps avait naturellement besoin. Ce qui m’intéresse dans le chant, c’est cette histoire de posture. Ce n’est pas la musique…

Comment as-tu trouvé le film ?

Plutôt sympa. Je pensais que ça allait être beaucoup moins bien ! J’ai trouvé que ça me ressemblait assez, je me suis bien retrouvé dans l’esprit du film.

Quel message tu voulais que les spectateurs en retirent ?

[Silence] Je peux réfléchir ? [Re-silence] Je me suis dit que ça pourrait être bénéfique pour certains pour prendre du recul et se regarder autrement, avec une autre perspective. À un moment, je parlais à l’équipe de tournage d’un livre que j’apprécie, Le Neveu de Rameau, de Diderot, et je leur explique que c’est un dialogue entre un penseur et un gars un peu farfelu qui questionne des choses qu’on trouve évidentes. Et là, ils avaient trouvé leur fil conducteur parce qu’ils avaient précisément ressenti ça en me rencontrant, cette idée de « questionner l’évidence ». C’est ce qu’ils ont voulu faire partager au spectateur, et à travers le film d’amener les gens à se questionner sur des choses qui leur semblent certaines.

Est-ce qu’il y a eu des imprévus, des anecdotes pendant le tournage ?

On a eu un problème pour la réalisation du film, c’est qu’il manquait des images d’escalade ! En fait je grimpe assez peu, en une semaine je fais rarement plus de trois après-midis.

Et qu’est-ce que tu fais tout le reste du temps ?

Je ramasse du bois, je discute avec le boulanger du village, je vais voir des copains… Pour faire mes courses ça me prend une journée ! Deux heures de marche pour aller à la ville, et autant pour revenir. Mais je n’ai pas de boulot, alors j’ai le temps. Aujourd’hui, j’ai fait des étirements. J’ai décidé ça ce matin, parce que j’avais envie. Cette liberté de faire ce que je veux, c’est un luxe, qu’il faut prendre. En fait c’est plutôt un privilège, car un privilège, ça se prend, ça ne se donne pas.

Tu te vois vivre comme ça encore longtemps ?

Je réfléchis à devenir grimpeur pro. Mais je ne suis pas certain de le faire. Sinon pour rigoler j’avais aussi pensé à devenir mannequin. Pour rencontrer des jolies filles.

Où on te retrouve dans dix ans ?

Sûrement toujours autour de Fontainebleau, mais je ne serai plus en train de grimper des passages difficiles en escalade, ça ne sera plus mon plaisir d’essayer des projets, d’être dans le haut niveau. Je profiterai de la vie.

📷 Neil Hart, Stéphan Denys

*Barefoot Charles, au programme du REEL ROCK 16, en tournée en France du 3 au 20 octobre 2022.

Dates et billet ▶️ www.reelrock.fr

Learning to Drown : mais qui est vraiment Jess Kimura ?

Learning to Drown : mais qui est vraiment Jess Kimura ?

C’est sans doute l’une des snowboardeuses les plus marquantes de sa génération. La première fois que Jess Kimura s’est fait remarquer dans la discipline, c’était dans le film Right Brain Left Brain, produit par Think Tank en 2010. La séquence d’ouverture, c’était elle. Par la suite, elle a reçu toutes les distinctions possibles et était au sommet de son art quand sa vie a basculé. Dans Learning to Drown, le film réalisé en 2021 par Ben Knight, Jess se raconte sans fard, revisitant intimement sa vie avant et après ce drame.

Des années de combat

En 2014, Mark Dickson, le compagnon de Jess, disparaît tragiquement dans un accident. Jess connaîtra ensuite des années de souffrance, de peur et de dépression.

Longtemps après, elle a ressenti le besoin de revenir sur cette période sombre, et sur son chemin pour en sortir. Parce que « Les témoignages de gens qui avaient traversé des épreuves semblables, ça m’a énormément aidée », dit-elle. Le film plonge dans l’intimité de sa carrière en snowboard, de sa souffrance, et de son combat pour ne pas sombrer. À l’idée d’apporter aujourd’hui, à travers son témoignage, du réconfort à ceux qui luttent pour s’en sortir, Jess reste humble : « C’est difficile de tenir le rôle d’exemple quand j’ai moi-même des rechutes, ou que j’ai l’impression d’avoir encore pas mal de trucs à régler dans ma propre vie ! Et ça peut paraître drôle mais ça m’arrive de me sentir vraiment au fond du trou et désespérée, alors je regarde le film [Learning to Drown], et ça me rappelle que parfois tout va mieux. Donc pour ce qui est de montrer l’exemple, c’est plutôt savoir me montrer fragile et sincère par rapport à ce que j’ai traversé, en espérant que cela en aidera d’autres à se sentir moins seuls dans leur propre épreuve. »

📷 The North Face

Pas de demi-mesure

Avec Jess, il n’y a pas de demi-mesure, qu’il s’agisse de se montrer telle qu’elle est dans Learning to Drown, ou de se donner à fond dans les projets qui la passionnent. Au début de sa carrière de snowboardeuse, Jess ne se retrouvait pas dans les athlètes qui représentaient la discipline. Elle s’est battue pour une reconnaissance qu’elle a finalement obtenue grâce à ses apparitions dans des films de snowboard essentiellement masculins. Petit à petit, elle est devenue une référence pour les filles dans le monde du snowboard. En juste retour des choses, elle s’attache maintenant à financer, produire et diffuser des projets de films entièrement féminins, comme The Uninvited en 2018, ou The Uninvited 2 en 2020, et travaille actuellement sur The Uninvited 3 qui sortira en fin d’année. « Ça me fait super plaisir de le voir se concrétiser, précise Jess. C’est très inspirant et impressionnant de voir le niveau qu’atteignent les filles aujourd’hui ! Je m’efforce de mettre la même passion et les mêmes efforts pour montrer ça le mieux possible. »

📷 The North Face

« Fermer les yeux et se lancer »

Quand il a commencé à se pencher sur l’histoire de Jess dans l’idée de réaliser ce qui allait devenir Learning to Drown, Ben Knight a été instantanément convaincu. « On s’est donné rendez-vous pour un café, et dès les premiers instants j’ai su que ça allait le faire. En dix-huit ans de métier, jamais je n’ai vu personne donner autant d’énergie que Jess, et je voulais restituer cela à travers le montage et faire quelque chose de spécial qui traduise tout le respect que m’inspire sa personne. »

Dans le film, Jess se livre, authentique, face caméra, et partage son vécu en toute sincérité. Des séances de confidences qui pourraient être éprouvantes, mais il en faut plus pour déstabiliser Jess. « Je crois qu’en général, j’ai du mal à être autre chose que entière et directe. Parfois, ça m’a d’ailleurs joué des mauvais tours. Mais c’est plus fort que moi, je dis les choses comme elles sont et sans les édulcorer. Bien sûr que ça fait peur de tout déballer et de s’exposer comme ça aux jugements et aux critiques des gens. Mais pour moi, c’est la même façon de faire qu’en snowboard… fermer les yeux et se lancer avant d’avoir eu le temps de changer d’avis ! »

À voir dans le programme rouge du meilleur de Banff en VOD, jusqu’au 15 mai sur www.bonne-projection.com.

🤳 Instagram : https://www.instagram.com/jess.kimura

🏂 Facebook : https://www.facebook.com/itsjesskimura 

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Swissway to Heaven : Cédric Lachat selon Guillaume Broust

Swissway to Heaven : Cédric Lachat selon Guillaume Broust

Guillaume Broust est réalisateur depuis plus de vingt ans. Il a à son actif deux cents  documentaires outdoor. Escalade, alpinisme, ski, parapente, il a tout filmé. Pendant seize ans, il a été le réalisateur officiel de Petzl et c’est lui qui a mis en images tous les Petzl Roc Trips. Avec autant d’expérience, on est curieux de lui demander comment il a vécu la réalisation de Swissway to Heaven, et les nombreuses journées de tournage avec Cédric Lachat, un grimpeur pour le moins atypique…

Qu’est-ce que la cordée Nina Caprez-Cédric Lachat a de particulier en grande voie que n’avaient pas d’autres cordées que tu as pu filmer dans ta carrière ?

Ça s’engueule beaucoup plus ! Ils ont vécu longtemps ensemble, c’est comme un vieux couple. Mais en paroi, ils arrivent à transcender leur histoire commune. Eux-mêmes étaient surpris de l’alchimie qui opère entre eux dans la voie. Plus sérieusement, avec eux, j’ai surtout vécu l’efficacité. Ce ne sont pas que des grimpeurs, ils ont un énorme bagage technique.

Equiper une voie comme WoGü de haut en bas pour l’équipe de tournage, c’est une grosse mécanique. Ça veut dire porter jusqu’à 400 mètres de corde statique jusqu’en haut de la voie, équiper tous les relais, installer les fractios, penser aux chutes de pierre, gérer les frottements de la corde, retirer toutes les cordes quand on fait les images au drone, puis les remettre en place… En plus il y avait deux caméras, donc deux fois plus de cordes. J’ai vraiment apprécié le côté hyper sécu, hyper carré. L’efficacité à la suisse ! Mais dans ce genre d’environnement, quand tu as 300 mètres de vide en dessous, tu apprécies que rien ne soit laissé au hasard !

Swissway to Heaven - Lautrebrunnen © Guillaume Broust

Qu’est-ce que Cédric, par sa personnalité, apporte à l’aventure humaine que partage toute l’équipe de réalisation d’un film comme ça ?

Cédric, c’est un caractère très marqué, hors normes, avec un côté loufoque très attachant qui apporte de la bonne humeur et de la rigolade, et en même temps hyper carré. S’il annonce qu’on part à 8h, ce n’est pas 8h02 ! C’est aussi quelqu’un de très généreux, qui donne sans compter, quitte à le payer de sa personne.

Pour le film, il a énormément travaillé pour nous, pour la réalisation. Il a constamment mis tout en œuvre pour notre sécurité, géré les autorisations de vol du drone, l’arrêt du train à mi-parcours à l’Eiger, pris tous les billets… C’est surtout à ce niveau que je ressens la différence avec d’autres athlètes avec qui j’ai pu travailler. Avec Cédric, c’est plus facile parce que tu te sens épaulé et secondé dans l’organisation. C’est une machine d’efficacité.

Portrait Cédric Lachat © Guillaume Broust
Swissway to Heaven - Cédri Lachat & Nina Caprez - Wogü © Guillaume Broust

Est-ce que tant d’investissement au niveau de l’organisation est compatible avec la performance en escalade ?

Justement non, cela met en péril la performance de grimpeur, qui est un volet à part entière du film. La plupart des grimpeurs dans les films sont en mode « performance », et ils sont focalisés pour mettre toutes les chances de leur côté pour la réussite de l’exploit. Cédric s’est donné les moyens de faire un beau film, et il a donné beaucoup pour la réussite du film.

Concrètement, ça veut dire consacrer aux images une semaine de beau temps sur des créneaux météo déjà rares, et s’ajouter par la même occasion une semaine de fatigue, parce que qui dit images dit portages, manips de corde, et toute cette assistance technique que fournit Cédric sans ménager sa peine. Inévitablement, tout cela prend de l’énergie sur ses essais de grimpeur.

Au bout d’une cinquantaine de jours de tournage sur deux ans, il l’a même payé en problèmes de santé. Il y a très peu de grimpeurs qui font ça.

Swissway to Heaven - Wogü © Guillaume Broust

Comment tu te sens quand tu démarres un nouveau film d’escalade en paroi ? Qu’est-ce que ça représente de particulier pour un réalisateur ?

Pour les films outdoor, qu’on soit en paroi, sur la neige, la glace ou dans les airs, on est très contraint par l’environnement. Il faut en permanence s’adapter aux conditions du milieu dans lequel on est, en trouvant des combines. Il faut aussi s’adapter à l’action, pour essayer d’attraper l’instant clé, la bonne blague… On est vraiment en mode documentaire. Est-ce qu’il va enchaîner ou pas, est-ce qu’il va tomber ou pas, tout ça se décide dans l’instant, on ne sait pas ce qui va se passer, et pourtant c’est ce que fait le sportif, finalement, qui va faire le film !

Pour les films d’escalade en particulier, on est beaucoup bridé par la technique. On est sur une corde, on ne peut pas en bouger, et d’ailleurs on n’en a pas trop envie ! Ça verrouille pas mal le cadre.

Pour Swissway to Heaven, ça nous a incités à travailler beaucoup sur le son. Les dialogues sont très présents, le spectateur entre au cœur des discussions en paroi. Mais pour cela il fallait que les grimpeurs acceptent d’avoir en permanence un micro-cravate. Et quand tu es à vingt grammes près, en limite de capacité dans des longueurs en 8c, ça ou le drone qui te tourne autour, ça rajoute encore un frein à la réalisation sportive pure…

Est-ce qu’il y a une signature Guillaume Broust ?

J’ai à cœur de raconter les histoires dans l’humour, avec de la joie. Il faut du second degré et de l’autodérision pour travailler avec moi ! Alors oui, il y a cette signature, l’idée de démystifier ces aventures et de rendre les protagonistes plus humains, en s’éloignant du cliché de héros. Avec une bonne dose d’humour, suisse ou belge, de préférence !

Ce qui se retrouve aussi dans mes films, c’est le travail autour de la dimension musicale. J’aime filmer des musiciens et réintégrer leur musique dans le film, ou faire travailler des musiciens indépendants pour ajouter quelque chose d’original au son, comme on l’a fait justement pour Swissway to Heaven.

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Swissway to Heaven - Lautrebrunnen © Guillaume Broust
A Foreign Native : Les Snowmads, des fous de neige et un camion

A Foreign Native : Les Snowmads, des fous de neige et un camion

On en aperçoit quelques-uns dans le film. Dans leur camion bariolé, ou sur le toit. Sur leurs skis, dans des couloirs de neige aux allures de bout du monde. Eux, ce sont les Snowmads, des « fous de neige », donc. Une bande de riders que Fabian Lentsch, skieur pro autrichien, a rassemblés autour d’un projet d’aventure, de gros ski et de voyage. Et d’un vieux camion.

Relier la passion du ski, du voyage et de la découverte

 

A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenbergererger

Après quelques années de compétition, et sa participation au Freeride World Tour en 2015, Fabian a eu envie d’autre chose. Envie de relier la passion du ski, du voyage et de la découverte d’autres cultures. Ainsi germe l’idée des Snowmads.

Pour cette aventure, il leur faut un van. Un van avec un cahier des charges tel, qu’il n’existe pas. En 2015, avec l’aide de son vieux pote de freeride Markus Ascher, Fabi récupère un ancien camion de pompier. Huit mois plus tard, entièrement désossé, reconditionné, aménagé et décoré, il devient le van des Snowmads, un véhicule tout-terrain unique et capable d’embarquer huit skieurs au bout du monde.

 

A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenberger
A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenberger
A Foreign Native - Iran 2020 © NINE ONE - Florian Breitenbergererger
A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenbergererger

Dès 2016, l’aventure peut commencer. À bord du camion bariolé qui deviendra vite emblématique, les Snowmads partent en quête de la meilleure peuf du monde et de lignes inconnues dans des trips lointains vers l’Iran, la Géorgie, l’Arménie, la Turquie ou la Grèce…

À travers leurs films (A Journey towards Eastern Suns en 2016, Sense of Home en 2019) soutenus par leur producteur et partenaire NINE&ONE, et leur communication sur les réseaux sociaux, ils partagent leurs aventures avec toujours en filigrane l’idée d’une manière plus lente et plus intense de voyager loin, hors des sentiers battus. En prenant le temps d’un road trip, le temps de l’immersion dans la culture locale et le temps des rencontres.

A Foreign Native © NINE ONE - Marco Freudenreich

C’est pour pousser encore plus loin ce concept, pour avoir encore plus de temps et ne pas repartir encore une fois trop vite, que Fabian a décidé de s’installer un an en Iran. A Foreign Native retrace ce chapitre un peu particulier de l’aventure du leader des Snowmads. Finalement rentré de son pays d’adoption, Fabi a retrouvé sa vraie maison. La seule où il se sente vraiment bien. Où il ne lui manque rien… Le van des Snowmads ! Stay tuned pour les prochaines aventures en poudreuse dans de nouvelles contrées inconnues…

Relier la passion du ski, du voyage et de la découverte

 

A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenberger
A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenberger
A Foreign Native © NINE ONE - Florian Breitenberger
© A Foreign Native

Skier en Iran, c’est comment ?

C’est pas une blague, avec 19 stations de ski réparties dans le pays.

C’est même une longue histoire, car les premières remontées mécaniques ont été installées dans la station Ab Ali en 1953.

C’est vaste, avec plus d’un tiers de la surface du pays couvert de montagnes et de dizaines de sommets à plus de 4 000 m. Autrement dit, un potentiel quasi infini pour le ski de randonnée.

C’est haut, comme à Tochal, une petite station accessible en télécabine depuis Téhéran, dont le domaine s’étend de 1900 m à… 3 850 m d’altitude ! Ou comme au sommet du mont Damavand, point culminant du pays (5 609 m) qui se fait à ski, au printemps.

C’est chaleureux, car les Iraniens sont très accueillants et animés d’une sincère gentillesse, et l’expérience est unique.

C’est dépaysant, parce que ce n’est pas que du ski, mais aussi la découverte de l’incroyable richesse historique et culturelle dont recèle la Perse.

C’est en hiver, avec d’abondantes chutes de neige, et le meilleur de la poudre entre janvier et mars, comme chez nous !

C’est pas très cher, avec un forfait journée à 25 euros et un café sur les pistes à moins d’un euro…

C’est l’aventure, car même si l’Iran est un pays organisé et moderne et que Téhéran dispose de plusieurs hôpitaux, les secours en montagne sont loin des standards européens en la matière, il est bon de le garder à l’esprit.

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Arves-en-Ciel : Toujours plus fou

Arves-en-Ciel : Toujours plus fou

Il fallait être assez fou pour y penser, encore plus pour le faire : tendre une highline de 480 m entre deux sommets des aiguilles d’Arves, dans le massif de la Maurienne, à 3 500 m d’altitude. Derrière la prouesse, il y a surtout une incroyable aventure humaine, que nous racontent, à deux voix, Antoine Cretinon, l’un des deux slackliners qui portaient le projet, et Antoine Mesnage, le réalisateur, lui aussi slackliner.  

 

Le projet est présenté comme difficile techniquement : qu’est-ce qui aurait pu tout faire rater ?

Antoine Cretinon : La réalisation a été complexe parce qu’elle nécessitait un parfait alignement de planètes. D’abord, obtenir les autorisations nécessaires à la mise en place d’une telle installation. Ensuite, avoir un créneau de trois jours de beau temps, sans vent. Le genre de fenêtre météo qui est rare à 3 500 m d’altitude ! Il fallait donc se tenir prêt à sauter sur l’occasion dès qu’elle se présenterait. Enfin, réunir une équipe solide et complémentaire, acclimatée et prête à faire de multiples allers-retours de portage avec aucune certitude sur le résultat final ! Clairement, le projet n’aurait pas réussi si on n’avait pas eu les bonnes personnes au bon moment, lors du bon créneau météo.

 

Arves-en-Ciel

📷 crédit photo : ©Antoine Mesnage

Une grande partie du film est réalisée avec des images de drone époustouflantes : est-ce que le drone donne ses lettres de noblesse au film de highline ? 

Antoine Mesnage : Le drone permet d’avoir une image stabilisée et qui tourne autour de la ligne à 360 degrés, et c’est vrai que pour filmer un personnage sur une highline, c’est-à-dire en lévitation au milieu de nulle part, il n’y a pas de meilleur rendu, comme dans le plan séquence où je tourne autour de Camille en plein ciel. Mais le drone ne restitue pas les émotions, celles qu’on ne peut saisir qu’avec un boîtier, en plan rapproché. Donc c’est un bon complément, mais ça ne peut pas être la seule source d’images.

Est-ce que l’utilisation du drone à plus de 3000 m faisait partie des difficultés ?

Antoine Mesnage : Ce qui est compliqué pour faire voler un drone, c’est le vent. Mais comme ça pose aussi un problème pour la highline, si les conditions sont bonnes pour la traversée, elles le sont aussi pour le drone. La difficulté vient plutôt de la longueur de la ligne, parce que le drone se trouve parfois très loin, et il faut bien anticiper le retour qui peut prendre trois ou quatre minutes. Lors du passage de ligne entre les deux aiguilles effectué par le deuxième drone, j’étais tellement concentré pour filmer cet instant décisif que je n’ai pas vu que mon drone n’avait plus que 4% de batterie ! La récupération a été un grand moment de stress où je redoutais à chaque seconde de le voir se crasher dans le vide…


Arves-en-Ciel

📷 crédit photo : ©Antoine Mesnage

Que faut-il pour faire un film de highline marquant, à part un décor exceptionnel ?

Antoine Mesnage : Dans le film, je ne voulais pas qu’il y ait plus de cinq minutes de highline, parce que même si les images sont belles, ce n’est pas très dynamique, voire un peu ennuyeux si ça dure trop. Je voulais surtout axer le film sur le défi logistique, la réflexion, le rêve qui animait ce projet, le déroulement, les difficultés liées à l’ampleur du projet. Ce qui fait le film, ce sont surtout les émotions qui se dégagent, l’équipe formidable qui s’est réunie autour de cette idée, et toute l’aventure humaine que cela représentait.

Qu’est-ce que ça apporte à un réalisateur de film de highline d’être pratiquant lui-même ?

Antoine Mesnage : Le fait de pratiquer me donne la vision de ce qui va être difficile, me permet de savoir à quel moment il va y avoir plus ou moins d’émotion, et de mieux anticiper pour capturer ce que je veux dans les images.

Combien de temps ça prend pour traverser 480 m de highline à plus de 3 000 m d’altitude ?

Antoine Cretinon : Ça dépend de la vitesse de marche. Théo Sanson, le premier à l’avoir traversée sans tomber, a mis 50 minutes environ ! Personnellement, j’ai mis 25 minutes, parce que je sais que je n’ai pas l’endurance pour tenir plus de 30 minutes sur une ligne.

On est six à avoir traversé : Théo Sanson, Julien Roux, Florent Berthet, Camille Le Guellaut, Antoine Mesnage et moi. Mais j’aimerais saluer aussi les nombreuses personnes qui se sont fait plaisir dessus : Célia, Julien, Maho, Damian, Philippe, et tous ceux qui nous ont aidés au portage : Nico, Greg, Lucie, Marie, Lucas, Michel, Guilhem… Et aussi saluer la performance de Damian, qui a traversé les 480 m de slack en poulie, avec un gros sac, pour laisser Camille et Flo revenir en slackant de l’aiguille Méridionale jusqu’à la Centrale où se trouvaient les autres. Cette highline, ce n’est pas un exploit individuel de quelques personnes, mais avant tout un magnifique travail d’équipe.

 

Arves-en-Ciel

📷 crédit photo : ©Antoine Mesnage

Est-ce que tu as le sentiment que la highline n’aura plus jamais la même saveur après une réalisation aussi exceptionnelle ?

Antoine Cretinon : Je me suis posé la question, en effet. Mais finalement, ça a plus eu un effet de booster. On a montré que c’était possible de mettre une si longue highline en haute montagne, alors au contraire, on s’enlève des barrières mentales et on s’autorise à rêver plus haut, plus long !

Qu’est-ce qui pourrait être encore plus fou maintenant ?

Antoine Cretinon : Le fait d’avoir tendu une highline entre deux sommets aux aiguilles d’Arves ouvre le champ des possibilités ! Je pense notamment au massif du Mont-Blanc, où des « petites lignes » ont été ouvertes mais jamais de gros projets qui relient deux sommets distincts. Evidemment, j’ai plein d’idées en tête, et je ne dois pas être le seul ! Alors mon défi aujourd’hui, c’est de réunir ces rêveurs un peu « fous » pour créer quelque chose de beau, de grand, de surréaliste…

Quel est le Top 3 des highlines les plus improbables qui ont un jour été tendues et traversées ?

Antoine Cretinon : C’est très subjectif. Pour certains, le critère sera la longueur, sachant que le record est maintenant à 2 000 m ! Pour d’autres, ça sera la performance ou le spectacle. De mon côté, j’ai toujours été inspiré par la beauté éphémère et poétique de la highline. Si je dois en citer trois, je dirais d’abord la highline du Grépon, dans le massif du Mont-Blanc. Elle ne fait que 15 m, mais elle est comme la dernière pièce du puzzle qui complète l’authentique traversée Charmoz-Grépon. Elle a été ouverte par les Flying Frenchies, les pionniers de la highline en haute montagne, pour qui j’ai une profonde admiration. Une highline de 430 m a été installée et traversée par Pablo Signoret et Lukas Irmler avec des ancrages sur deux cascades de glace. Ça pousse le côté éphémère de la highline à l’extrême, j’adore ! Enfin j’ai également été beaucoup touché par le premier kilomètre traversé par Nathan Paulin et Danny Mensik à Aiglun. En plus de réaliser un record du monde, ils ont conservé l’idée de réaliser une ligne esthétique.

Liens utiles

🎥 Pour en savoir plus sur le réalisateur Antoine Mesnage :

https://www.instagram.com/antoine.mesnage

🤸 Son portrait vidéo :

https://youtu.be/vBg5MK4qH8E

🎬 Retrouvez le film Arves-en-Ciel dans le programme du Festival de Banff France

 https://www.banff.fr/films/

Arves-en-Ciel

📷 crédit photo : ©Antoine Mesnage